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Note de lecture - Pratiques architecturales émergentes, méconnues ou atypiques et besoins en formation

Cette semaine, la note de lecture de Waitack revient sur la publication d'un rapport issu de l'étude CMA-ARCHI (« Compétences et métiers d'avenir de la filière Architecture »), dirigée par Véronique Biau et Élise Macaire pour le réseau RAMAU. Cette étude a été réalisée dans le cadre du plan France 2030, dont l'objectif est d'identifier les besoins en formation et les nouvelles compétences des diplômés en architecture exerçant de manière « atypique », c'est-à-dire en dehors du cadre traditionnel de la maîtrise d'œuvre en agence classique.

Le rapport présenté ici porte particulièrement sur les différents types de parcours "atypiques" des professionnels de l'architecture. Les résultats s'appuient sur l'analyse de 454 réponses à un questionnaire en ligne et sur la réalisation de 116 entretiens avec des professionnels aux parcours atypiques.

Des données quantitatives permettant de dresser le portrait de ces professionnels

  • C'est une population plus jeune et fortement féminisée que les architectes qui exercent dans un cadre plus « traditionnel »,…

La population des professionnels de l'architecture qui exercent dans des formes atypiques est plus jeune et plus féminisée que celle qui est inscrite à l'ordre des architectes. La moyenne d'âge est de 40,4 ans (contre 51,3 ans) et 61% sont des femmes (contre 38%), 59% d'entre elles ont moins de 39 ans.

  • mais ils et elles sont souvent issus des mêmes milieux sociaux.

46% des répondants ont des parents qui appartiennent aux catégories socio-professionnelles des intellectuelles supérieures et des cadres et 20% ont des parents de professions intermédiaires.

  • Pendant leur formation d'architecture, plus de la moitié de ces professionnels atypiques ont réalisé des formations supplémentaires.

Les répondants ont majoritairement été diplômés les années 2000 (113 personnes) et 2010 (199 personnes). Ils ont donc obtenu l'un de ces trois diplômes : DPLG (32%), HMONP (39%) et DEA (33%).

Près des deux tiers (58%) indiquent avoir suivi une formation complémentaire, au cours de leur cursus scolaire, principalement en « ingénierie, sciences et techniques » (20%), « Urbanisme, aménagement » (18%) et « Sciences humaines et sociales » (8%).

  • Ils et elles exercent aujourd'hui des activités dont le niveau de revenu est proche de celui des architectes inscrits à l'ordre…

Les débuts de carrières de ces professionnels « atypiques » ont été marqués par la crise économique de 2008, ce qui a freiné leur insertion dans les agences de maîtrise d'œuvre conventionnelle.

Cependant, leurs revenus médians restent proches des architectes inscrits à l'ordre, à tranches d'âge équivalent. Pour les 35 à 44 ans, le revenu moyen s'élève à 3 058 €, contre 3 008 € pour les inscrits à l'Ordre.

Près de 10% du panel gagne plus de 5 000 € nets mensuels, principalement des professionnels de la maîtrise d'ouvrage privée, des pluriactifs expérimentés ou des architectes réalisant des missions d'intérim à l'étranger.

  • et sont amenés à travailler dans des structures assez variées.

La majorité de ces professionnels atypiques ne sont pas inscrits à l'ordre (72%), mais 28% d'entre eux et d'entre elles exercent leur pratique atypiques dans des agences d'architectures et 16% en statut libéral.

Le reste de la population est réparti entre les associations (12%), les bureaux d'études (11%) et la fonction publique ou le secteur parapublic (qui cumule 24% des effectifs).

Ils et elles profitent pour la plupart d'un emploi stable (CDI à 44%, fonctionnaires à 9%, dirigeants à 23% et entrepreneurs individuels à 3%).

  • Ces pratiques atypiques sont également marquées par des inégalités de revenu et de carrières entre les femmes et les hommes.

Les femmes restent surreprésentées dans les tranches de salaires inférieures (25% d'entre elles touchent entre 1 800 € et 2 399 €) tandis que les hommes dominent la tranche supérieure (30% dépassent 3 600 €).

De même, le temps partiel touche plus les femmes, soit 23% d'entre elles contre seulement 15% pour les hommes. Elles ont également moins accès aux fonctions de direction ou d'associée, elles ne sont que 17% contre 28% pour les hommes.

Les sept familles de profils atypiques

L'analyse des données qualitatives permet d'identifier 7 grandes familles de pratiques atypiques des professionnels de l'architecture.

  1. Mise en œuvre des politiques publiques et études urbaines

Cette pratique est axée sur le contrôle, la programmation et l'application concrète des politiques publiques concernant l'aménagement du territoire.

Exemples de profils : Un architecte-urbaniste de l'État (AUE) en administration centrale chargé de rédiger et d'animer les applications législatives de l'aménagement, ou un instructeur de permis de construire en mairie.

  1. Maîtrise d'ouvrage (MOA) publique et privée

Le travail de ces professionnels consiste en la conduite des opérations, la maintenance et la valorisation énergétique d'ouvrages publics (ex. parcs immobiliers scolaires ou régionaux) ou privés (ex. immobilier commercial ou industriel). C'est une pratique atypique dans laquelle les femmes y sont surreprésentées dans le secteur public.

C'est aussi la famille qui revendique le moins l'identité de l'architecte. Aucun des enquêtés de la MOA publique ne se désigne par ce terme et aucun membre de la MOA privée n'est inscrit à l'Ordre.

Exemples de profils  : chef du bureau Maintenance Énergie en conseil départemental, directeur d’une agence de promotion immobilière ou chargé d’études et de projet dans la gestion de l’immobilier public

  1. Assistance à maîtrise d'ouvrage (AMO), conseil et programmation

Cela consiste en des activités d'accompagnement en amont du projet architectural, urbain ou paysager. Les professionnels réalisent des études de programmation, les démarches participatives ou les diagnostics territoriaux.

Contrairement à la famille suivante, ils n'exercent pas en société d'architecture mais principalement au sein de bureaux d'études.

Exemples de profils : Conseiller en CAUE, conseiller en immobilier d'entreprise ou chargé de projets dans un parc naturel régional.

  1. Maîtrise d'œuvre / Assistance à maîtrise d'ouvrage (Hybride)

Les professionnel·les de cette famille cherchent à créer une continuité entre l'amont et l'aval du processus de construction (programmation-conception-réalisation). Elle comprend un nombre massif de pluriactifs, de concepteurs en collectifs, ainsi que des experts du numérique.

Exemples de profils : Architecte en collectif, BIM manager ou architecte d'intérieur pour particulier.

  1. Maîtrise d'œuvre spécialisée et exécution

Segmentée en sous-ensembles, cette famille de pratiques se concentre sur les études techniques poussées, la conduite des travaux, la réhabilitation des copropriétés, ou le travail artisale sur la matière (matériaux biosourcés, réemploi, écoconstruction).

Exemples de profils : Un architecte-ébéniste possédant son propre atelier artisanal à côté de son activité de conception.

  1. Enseignement, recherche, formation

Cette famille regroupe les personnes qui enseignent au sein des ENSA, des lycées professionnels ou à l'université, mais aussi des formateurs hors du cadre institutionnel classique s'adressant aux professionnels ou aux particuliers (ex: techniques d'éco-construction ou de rénovation).

Ils cumulent parfois ce travail avec une activité de recherche au sein d'un laboratoire ou dans un département de R&D d'une entreprise privée.

Exemples de profils : Un chercheur ou un doctorant en entreprise (R&D), ou un directeur de formation au sein d'une société coopérative d'intérêt collectif dédiée de façon spécifique au réemploi de matériaux.

  1. Communication et médiation

Regroupe les professionnels de l'architecture qui exercent dans la production éditoriale, le journalisme, l'illustration graphique, la scénographie d'événements, ainsi que l'animation de démarches citoyennes et de concertation publique auprès des habitants.

Cette famille très hétérogène est marquée par un taux très fort de titulaires du DEA seul et auto-entrepreneurs.

Exemples de profils : Une « architecte médiatrice » en milieu scolaire ou rédacteur en chef dans une revue.

La mobilisation des savoirs et savoir-faire architecturaux dans les parcours atypiques

Les entretiens avec ces professionnels de l'architecture aux pratiques atypiques montrent que ces derniers regrettent que leur formation d'architecte se soit focalisée essentiellement sur l'apprentissage du travail de maîtrise d'œuvre en agence classique et l'« esquisse de concours ».

Bien que les écoles d'architecture invisibilisent ou valorisent peu les parcours atypiques, les enquêtés reconnaissent cependant que leur formation leur à permis d'apprendre les aspects techniques et conceptuels d'un projet, mais aussi son langage. Elle se présente ainsi comme une « bonne formation généraliste, procurant une « culture du projet », une connaissance générale sur l’architecture, des capacités conceptuelles, une autonomie, ainsi qu’un angle de vue sur des entrées spécifiques des métiers de l’architecture et de l’urbanisme » (p.45).

Elle se révèle cependant insuffisante lorsque les pratiques atypiques requièrent des connaissances précises sur un sujet technique (du point de vue de la construction, de la gestion ou de l'administratif), dans un domaine ou un secteur précis (scénographie, recherche, patrimoine, urgence, tiers-lieux, etc.), ou pour créer son entreprise.

Pour conclure

Ce rapport met en lumière les différentes formes de pratiques professionnelles atypiques que sont amenées à occuper les personnes ayant un diplôme d'architecte. Elle montre le décalage persistant entre une formation initiale encore trop centrée sur le modèle traditionnel de la maîtrise d'œuvre et la réalité des pratiques atypiques, qui exigent des compétences hybrides, techniques et gestionnaires plus poussées.

La formation d'architecte constitue une bonne formation généraliste, mais le besoin d'une adaptation de son cursus est devenu manifeste pour mieux préparer les futurs diplômés aux réalités du terrain et aux nouvelles opportunités professionnelles.


Référence

Véronique Biau, Élise Macaire, Charlotte Aristide, Samuel Balti, Stéphanie Bouysse-Mesnage, et al. « Pratiques architecturales émergentes, méconnues ou atypiques et besoins en formation ». École nationale supérieure d’architecture de Paris La Villette ; Réseau Activités et Métiers de l’Architecture et de l’Urbanisme (France). 2024.

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